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Tazria - Metsora : Une maladie de la peau


Selon nos sages, la tsara’ath, cette maladie spéciale dont parlent nos deux parachioth, est envoyée par D. à celui qui s'est rendu coupable de médisance.

A ce propos, le midrach rabba rapporte l’histoire de ce marchand ambulant qui se rendait de ville en ville en criant : « Qui veut un élixir de vie ? » Rabbi Yanaï, qui l'avait entendu, voulut acheter cette potion mais le marchand lui répondit : « Ni toi ni ceux qui te ressemblent n'en ont besoin ! »

Comme Rabbi Yanaï insista, notre homme sortit un livre des Psaumes et lui lut les versets (Psaumes 34) : « Quel est l’homme qui désire la Vie, qui aime les jours pour entrevoir le Bien ? Préserve ta langue du mal et tes lèvres de propos retors, éloigne-toi du mal et fais le Bien, recherche la Paix et poursuis-la ».

Rabbi Yanaï s'exclama « Pendant toute mon existence, j'ai lu ce verset et je n'en connaissais pas le sens jusqu'à ce que ce marchand me l'ait appris ! ».

 

Ce midrach illustre de façon frappante la portée de la médisance.

Certains commentateurs se demandent, malgré tout, comment il se fait que l'interdiction du lachone hara soit mise en parallèle avec l'ensemble des impératifs moraux qui s'imposent à l'homme (éloigne-toi du mal et fais le Bien).

D'après le Sefath Emeth, cette maladie du tsara'ath se situe dans la perspective d’une dégradation morale de l’humanité.

Au commencement, avant la faute, Adam et ‘Hava  étaient recouverts de "vêtements de lumière" (Kothnoth Or avec un aleph).

Après leur désobéissance à l'ordre de D., ces habits se transformèrent en "vêtements de peau » (Kothnoth 'Or avec un ayin).

La tsara’ath dont parle la paracha n’est, somme toute, qu’une troisième étape dans l’évolution de l’homme.

A l’origine, il a été créé pour rayonner de tout son être sur son prochain. Dépositaire de sa spécificité propre, il ne devait côtoyer l’autre que pour l’enrichir en lui donnant quelque chose de lui-même. Ainsi les rapports entre individus et entre groupes d’hommes devaient-ils se concevoir sous le signe du Or, d’un rayonnement de lumière. Après l’irruption du péché dans le monde, les relations entre les hommes se modifient radicalement, la confiance disparaît, l’individu se replie sur lui-même : « l’homme se recouvrit de vêtements de peau (‘Or) ».

Toutefois, le Sefath Emeth explique que la peau n’est pas absolument imperméable ; un échange limité, mais un échange tout de même, peut s’effectuer à travers elle.

Dans le monde ou nous vivons, s’il est vrai que le rayonnement de l’un vers l’autre n’est pas intégral, l’homme peut cependant trouver l’ouverture vers son prochain. Des relations satisfaisantes peuvent s’établir à tous les niveaux, à condition toutefois que la médisance ne vienne pas bouleverser les données.

En effet, la tsara’ath est une maladie qui bouche tous les pores de la peau et rend tout échange impossible. La méfiance s’installe, la haine prend le dessus. Il semble que la guerre seule puisse résoudre les multiples conflits qui ont pris naissance depuis que les hommes sont éloignés les uns des autres par le terrible rideau de fer que représente le lachone hara. C’est donc bien cela que veut nous préciser le midrach.

Sur un terrain contaminé par la médisance, la Tora toute entière, dans son étude comme dans son accomplissement, est remise en question.

« S’éloigner du mal et faire le Bien » doit donc absolument être précédé par « garde ta langue du mal ». Rabbi Israël Meir Hacohen, avait admirablement compris l’importance primordiale de s’abstenir de la médisance lorsqu’il écrivit le livre qui devait lui donner son nom, le ‘Hafets ‘Haim !

 

Des lois à la portée de tous

« C’est l’histoire d’un colporteur qui allait de ville en ville en criant… » dit le midrach à propos du péché de la médisance qui cause la tsara’ath.

Plusieurs questions se posent sur l’anecdote relatée plus haut :

1 Pourquoi le colporteur a-t-il dit à Rabbi Yanaï que l’élixir n’était ni pour lui ni pour ses semblables ? Ne désirent-ils pas, eux aussi, avoir une longue vie ?

2 Pourquoi avait-il besoin de sortir le livre des Psaumes pour citer le verset ? Ne le connaissait-il pas par cœur ?

3 Qu’a appris Rabbi Yanaï  de nouveau auprès de cet homme ? A-t-il donné autre chose que le sens littéral du verset ?

 

En général, on pense à tort que les lois de Chemirath halachone sont très difficiles à appliquer et qu’elles ne concernent que les êtres d’exception. Seuls les Tsadiqim, croit-on, sont capables de s’abstenir de dire du lachone hara, un Juif ordinaire ne peut surveiller à ce point son langage.

Le colporteur de notre histoire vient nous détromper. Il se rend de ville en ville, c’est-à-dire qu’il se mélange au peuple, aux hommes simples. Il a dit à Rabi Yanaï : « Ni toi ni ceux qui te ressemblent n’en ont besoin ! »

Ce que je veux prouver au monde, c’est justement que cette mitsva de chemirath halachone est valable pour tous et pas uniquement pour des Tsadiqim comme toi. Pour montrer le but de son « action », il montre le livre des Psaumes qui est le séfer populaire par excellence.

On comprend dorénavant l’idée nouvelle que ce marchand ambulant a apprise a Rabbi Yanaï : du moment que tout le monde, sans exception, aspire à la vie, l’abstinence de la médisance, les lois de chemirath halachone qui sont les conditions de la vie, sont applicables par tous.

Personne ne peut dire : « Je ne peux pas me retenir de parler librement ! Après tout, je ne suis pas un tsadiq ! »

C’est à cela que s’employa le ‘Hafets ‘Haim : mettre à la portée de chacun un livre condensant les lois de chemirath halachone afin que chaque Juif soit averti de l'extrême gravité de la médisance et s'en éloigne pour mériter…. la Vie.

On peut également expliquer l'étonnement de Rabbi Yanaï d'une autre façon. Il pensait peut-être que s'abstenir de dire du lachone hara évite également à l'homme d'être puni. Cependant, le colporteur est venu lui apprendre que cette abstention même est si méritoire qu'elle apporte à l'homme la plus grande récompense qui soit : la Vie ! Certes, le marchand ambulant lui a bien dit que ce n'est pas le cas pour les Tsadiqim comme lui qui ne pensent jamais de mal sur personne.

Comment seraient-ils tentés de tenir des propos médisants ? Cela ne leur viendrait même pas à l'esprit ! C'est pour cette raison que Rabbi Yanaï  n'avait pas jusqu'alors, saisi le sens de ce verset.

Pour le commun des mortels, retenir sa langue est une des choses les plus difficiles qui soit. Le combat que l'on doit livrer en son for intérieur est si ardu que la récompense est, parallèlement, immense : " Quiconque retient ses lèvres de prononcer des paroles de médisance méritera de jouir du Or haganouz, de la lumière première qui a été réservée aux Tsadiqim" disent nos sages.

C'est grâce au "marchant d'élixir" que Rabbi Yanaï  a pris conscience du grand mérite et de la récompense qui échoient à l'homme qui "retient sa langue du mal et ses lèvres de propos retors". C'est seulement alors qu'il a compris la signification du verset : "Qui est l'homme qui désire la Vie…"

Si on venait à votre porte vous vendre un élixir de vie, qui ne serait pas acheteur?

 

La condition préliminaire

Quel est l'homme qui désire la Vie, qui aime les jours pour entrevoir le Bien ? Préserve ta langue du mal et tes lèvres de propos retors ; éloigne-toi du mal et fais le Bien… (Tehilim 34,13-14).

N’était-il pas suffisant de dire « Eloigne toi du mal et fais le Bien » ? Le péché de médisance n’est-il pas compris dans cette idée générale ?

Il est écrit dans les Séfarim que celui qui dit du lachone hara risque de voir ses mérites passer du côté de sa victime ! Il ne sert donc à rien d’acquérir des mérites en s’éloignant du mal et en faisant le Bien si on n’accomplit pas auparavant l’injonction : « préserve ta langue du mal ». Si l’on veut mériter non seulement la vie ici-bas mais surtout la vie future  qui est la Vie au vrai sens du terme, nous devons accumuler des bonnes actions. Ensuite, la seule manière de conserver nos mérites et de ne pas les laisser s’échapper est de garder notre langue. C’est pourquoi, le verset dit d’abord : « préserve ta langue du mal… » et ensuite seulement « éloigne toi du mal et fais le Bien ».

Le Chem miChemouel rappelle que la faute de lachone hara provient du venin du Na’hach haqadmoni, du Serpent de la Genèse (qui avait dit de D. : « car l’Et. sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme D., connaissant le bien et le mal » Berechith 3,4).  L’homme qui dit du lachone hara est affecté par ce venin dans tout son être. Il tombe « malade » et tout ce qu’il absorbe lui est nuisible.

Ainsi, les mitvoths qu’il accomplit ne sont pas « assimilées ».

Par conséquent, pour réaliser la règle générale : « éloigne-toi du mal et fait le Bien », il faut au préalable prendre de l’élixir de vie, préserver notre langue du mal, ce qui assurera notre bonne santé.

Voilà le secret que le marchand ambulant a révélé à Rabbi Yanaï. Si nous préservons notre langue de la médisance, les mérites acquis grâce à nos bonnes actions seront préservés et nous mériterons de jouir de la Vie et de la longueur des jours dans ce monde-ci et surtout dans le ‘Olam haba, dans le monde chekoulo Tov, qui est entièrement Bon.

 

Source : Imrei Cohen, Rav Guerchon nous parle

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