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Qedochim

Au milieu d'actions interdites qui se réfèrent, selon l'interprétation de Maïmonide, à des pratiques idolâtres, surgit un verset qui semble mieux "cadrer" avec le thème général de la Sidra de Qedochim, à savoir les relations bèn adam le'havéro, entre un homme et son prochain.

Il s'agit du verset 32 du chapitre 19 :

מפני שיבה תקום והדרת פני זקן, ויראת מאלקיך אני ד'

"Lève-toi devant une tête blanche et honore la personne du vieillard, crains ton D., je suis l'Eternel".

La relation de la société aux personnes âgées n'est pas la même selon la culture, l'époque ou le lieu. Dans certaines cultures, la vieillesse est considérée comme une richesse, une bénédiction, tandis que dans d'autres elle est considérée comme une charge dont on cherche au plus vite à se débarrasser.

Le judaïsme a abordé ce problème comme tous les problèmes de société, de façon claire. Les obligations de la jeune génération vis-à-vis de celle qui la précède, nous les trouvons exprimées notamment dans un Midrach qui a trait à la vie d'Abraham.

Il est peut être utile de rappeler que selon un autre Midrach c’est Abraham qui a demandé à D. de "créer" des signes patents de vieillesse, tels que les poils blancs, afin de ne plus se trouver dans une situation embarrassante où les gens confondaient Abraham et Isaac, tant leur ressemblance physique était grande.

C'est au Midrach dans Beréchit Rabba (ch. 39;7) que je veux faire allusion:

Quand D. demanda à Abraham lekh lekha méartzekha, oumimoladetekha, oumibèt avikha, de quitter son pays et sa famille, Abraham eut des problèmes de conscience.

Son père était âgé, son frère 'Harane était mort, comment pouvait-Il envisager de laisser son père âgé tout seul ?

Aussi D. arrangea-t-il les choses, et fit en sorte que la mort de son père soit annoncée avant son départ de 'Haran. Abraham put alors partir le cœur plus léger.

Le regard que le juif jette sur la vieillesse n'est pas celui d'une idéalisation qui voilerait à ses propres yeux les "inconvénients" de la vieillesse.

A propos du verset des Tehilim (32;6) :

?על זאת יתפלל כל חסיד אילך לדעת מצוה. מהו לעת מצוא

.אמר רבי אבא לעת מצוה: זה הזקנה

צריך אדם להתפלל בזקנתו שתהיינה עיניו רואות ופיו אוכל ורגליו מהלכות

(Midrach Tan'houma sur Miqetz)

 

Voici quel doit être l'objet de la prière de tout homme pieux le moment venu. Que signifie le moment venu ? Rabbi Abba explique qu’au moment où survient la vieillesse, l'homme doit prier D. pour qu'il continue à bien voir, à bien manger et à bien marcher.

De même dans Arakhin (19a), les Sages ont dit : un homme âgé dans une maison, c'est une catastrophe ; une femme âgée, un trésor, car une femme a l'habitude de mieux se prendre en charge.

Ou encore à la' fin de la Michna de Qinim (III;15)

Ziqnei Am Haarets kol zemane chémazqinim daatane mitaréphèt aleihène.

"Plus les ignorants vieillissent, plus leur intelligence devient confuse" comme • le dit Job (12;20): "Il enlève la parole à des orateurs éprouvés et ôte le jugement aux vieillards".

C'est pourquoi le roi David priait Tehilim (71;9) : al tachlikhéni leèt ziqena, kikhlot ko'hi al taazvéni.

"Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse, quand ma force s'épuise, ne m'abandonne pas". D'autre part, la Thora insiste sur le côté positif de l'âge avancé. Ainsi nous dit-elle dans Devarim (32;7): cheal avikha veyaguèdekha, zeqènékha veyomrou lakh.

"Interroge ton père, il te l'apprendra, tes vieillards, ils te le diront" ou encore dans les Tehilim (119;100): mizeqénim etbonan". De l'expérience des Anciens j'apprends" ou Job (12;12) : bichichim 'hokhma, veorèkh yamim tevouna".

La sagesse se trouve chez les Anciens, les longs jours vont de pair avec la raison".

Et les Sages du Talmud de conseiller : si des personnes âgées te disent de détruire et des jeunes de construire, préfère l'avis des personnes âgées car setirat zeqénim binyan, leur "destruction" vaut mieux que la "construction" des jeunes.

Aussi une civilisation qui maltraite les personnes âgées, indique une décadence morale comme on le voit annoncé dans le passage des qelalot, des malédictions où l'on parle d'un peuple acher lo yissa panim lezaqèn "Qui n'aura pas de respect pour l'Ancien" Devarim (28;50).

L'époque pré-messianique sera caractérisée, entre autres, par le manque de respect vis-à-vis des plus âgés.

Notre verset dans Qedochim vient donc nous enseigner une chose qui ne s'impose pas d'emblée comme on pourrait le croire : mipené séva taqoum, vehadarta pené zaqèn

"Lève-toi devant une tête blanche et honore la personne de l'ancien" Vayiqra ( 19,32).

Que désignent ces deux termes qui paraissent égaux à priori ?

Première indication : ils recouvrent un âge différent.

Zaqèn désigne une personne de 60 ans et Séva : de 70 ans, c'est à dire "l'âge maximum" à une certaine époque.

Dans la Guemara de (Qidouchin 32b) qui traite de ce verset, trois avis sont en présence ; selon le premier (Tana Qama), le terme de zaqèn, qui désigne le 'hakham (zaqèn = zéqana 'hokhma ) vient restreindre l'obligation de respect dû à un vieillard (séva).

Yakhol aphilou zaqèn achmaï ? Talmoud lomar zaqèn, veéïn zaqèn éla'hakham :

Devant un vieillard indigne point n'est besoin de témoigner du respect, seul un vieillard 'hakham a droit au respect.

Selon Rabbi Yossé Haguelili, le mot zaqèn vient expliquer que le tout n'est pas une question d'âge, mais de 'hokhma ; donc un jeune savant a droit au respect, un vieillard ignorant : non.

Enfin, troisième avis, celui de Yossi ben Yehouda : kol séva bemachma. Zaqèn viendrait renforcer séva; pour nous indiquer que toute personne âgée, 'hakham ou non, a droit au respect.

Rabbi Yo'hanan conclut : la halakha est comme ce dernier avis.

Le Rambam et le Choul'han Aroukh suivent l'avis de Rabbi Yo'hanan et ainsi toute personne âgée a droit à notre respect, à condition toutefois, précise le Rema, qu'il ne s'agisse pas d'un racha, d'un mécréant.

Ceci étant, si selon les deux premiers avis exposés par la Guemara, le respect dû à l'âge était lié à la "sagesse" acquise, c'est parce que la Thora veut nous enseigner que son exigence n'est pas basée sur un sentiment de miséricorde à l'égard des personnes âgées, mais sur l'estime accordée à l'expérience accumulée au cours d'une longue vie et à la leçon de sagesse qu’elles peuvent nous dispenser. Ce n'est donc pas un rapport négatif à la vieillesse, mais au contraire une relation d'appréciation des qualités inhérentes à l'âge.

Selon Samson Raphaël Hirsch, le verset précédent dans la Sidra Vayiqra ( 19,31) qui nous interdit d'aller consulter les oracles, est en relation avec le nôtre : ta "sagesse" ne la cherche pas par des voies détournées chez des magiciens. Tu as mieux à faire, va consulter les Anciens.

Cheal avikha veyaguèdekha, zeqènékha veyomrou lakh.

Enfin, selon le Zohar, il faut comprendre notre verset de façon métaphorique : mipné séva.

Avant d'arriver à la vieillesse, taqoum élève-toi sur le plan moral, alors vehadarta pené zaqèn, tu feras de ta vieillesse quelque chose de néhédar, de merveilleux.

Elle sera le summum de ton existence, comme le dit la même Michna de Qinim déjà citée : Ziqnei talmidei 'Hakhamim. kol zemane chémazqinim, mossiphim 'hokhma :

Les Sages en Thora, plus ils vieillissent, plus leur intelligence s'affirme comme le dit Job:

"La sagesse se trouve chez les Anciens et les longs jours vont de pair avec la raison" Job (12;12).

 

SOURCE : Petites Lumières pour le Chabbat, Grand Rabbin Alain Weil

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