Moussar

La lettre du Ramban à son fils - L’humilité


L’éminent sage, Rabbi Moché ben Na’hman (Ramban, 1194-1270), écrivit la lettre suivante à son fils :

Efforce-toi de parler avec calme à tous les hommes. Ainsi, tu éviteras la colère qui est un trait de caractère extrêmement mauvais… Tu seras alors digne de l’humilité qui contribue à la crainte des Cieux. Tu dois réaliser que tu proviens d’une goutte putride, que ta fin sera avec les vers et que tu devras te présenter devant D. Sois toujours satisfait de ce que tu as, ainsi tu seras en paix avec toi-même. Saches, mon fils, que lorsqu’une personne est habitée par l’orgueil, elle dénigre la gloire de D. Même si tu détiens la sagesse, la richesse et bien d’autres choses, n’en tires pas vanité, car tout provient de D.

Je voudrais t’enseigner la façon d’atteindre l’humilité. Tout d’abord, adresses-toi aux gens toujours avec calme et douceur. Ne regarde pas quelqu’un en face lorsque tu lui parles. Considère autrui comme meilleur que toi. Si un homme est érudit ou riche, respectes-le. Si tu es plus érudit ou plus riche que lui, penses que tes péchés sont plus graves que les siens. S’il pèche, il est possible que ce soit par inadvertance, puisqu’il n’a pas une connaissance approfondie de la Torah. Toi, par contre, tu dois savoir ce que tu fais. S’il n’observe pas les commandements, son péché n’est pas si grave, car sa pauvreté ne lui rend pas la vie facile. Mais toi, si tu n’accomplis pas les choses que tu dois faire, ta responsabilité est plus grande que la sienne. Efforce-toi d’honorer autrui plus que toi-même, que tu sois plus érudit ou plus riche que lui ou qu’il soit plus important que toi. A chaque instant, pense que tu es devant D. , car « le monde est emplit de sa gloire. » Si un individu t’interpelle, réponds-lui avec douceur, sans jamais élever la voix. Lorsque tu étudies, relèves les choses que tu dois pouvoir accomplir. Il ne suffit pas d’étudier car l’essentiel est d’allier l’étude à la pratique. Chaque matin et chaque soir, analyse tes actes afin de voir si tu as fait quelque chose d’impropre. De cette façon, tu seras constamment en état de repentir. Quand tu pries, efforce-toi de chasser de ton esprit toute autre pensée. Concentre-toi uniquement sur les mots de la prière que tu prononces. Ainsi, tes prières seront acceptées immédiatement devant D. Prends soin de lire cette lettre au moins une fois par semaine. Tu seras ainsi en mesure d’observer tout ce que je t’ai dit.


L’humilité est l’échelle permettant d’accéder aux meilleures qualités. Elle représente la première étape dans l’apprentissage du respect de D. et de l’accomplissement de ses commandements.

Ainsi, un individu riche a constamment l’opportunité de faire la charité et le bien. S’il est humble et modeste, il loue sans cesse D. de lui avoir donné le pouvoir d’être charitable. Même s’il réalise de nombreux bienfaits, il comprend que ses actes ne représentent que le millième de ce que D. lui accorde.

L’humilité s’exprime de multiples manières. Cependant, la véritable humilité se manifeste par six traits de caractère. Quiconque dispose de ces qualités est considéré comme humble.


1. Un homme humble peut supporter les insultes de son voisin, sa médisance et ses calomnies ; bien qu’il ait le pouvoir de se venger, il ne le fera en aucune façon.

2. Quand des malheurs surviennent, l’homme humble les accepte avec amour. Il peut endurer toutes sortes d’épreuves telles que perdre ses marchandises en mer, voir ses affaires périclitées, être la victime d’une escroquerie ou connaitre les affres de la maladie, pour lui et sa famille, sans jamais se plaindre. Il en déduit que ses péchés sont la cause de ces événements. Par contre, l’orgueilleux se considère pur de toute mauvaise action. Il pense qu’il est parfait et ne mérite aucun malheur. Par conséquent, il pêche devant D.

3. Lorsque l’homme modeste est loué pour le bien qu’il accomplit, il en éprouve de la gêne. Ses voisins peuvent faire l’éloge de son érudition religieuse ou de sa grande charité, il n’en devient pas pour autant orgueilleux. Il garde constamment à l’esprit que ce qu’il réalise représente à peine le millième de ce qu’il devrait faire. Si on lui accorde des louanges imméritées, il dit : « Ce que vous dites de moi est faux ». Il ne désire pas qu’on lui attribue des qualités qu’il n’a pas.

4. Un homme humble peut tout posséder : les richesses, l’intelligence, la réussite et le respect. Malgré cela, il n’éprouve aucune honte à s’adresser à l’individu le plus modeste. Il n’hésite pas à engager la conversation avec un pauvre démoralisé et sans ressources. Il s’associe aux plus démunis et leur parle d’égal à égal.

5. S’il sait qu’il a péché, il n’hésite pas à confesser une action incorrecte. S’il porte préjudice à la réputation ou aux biens de quelqu’un, il l’admet ouvertement en tentant de se réconcilier avec lui et en recherchant son pardon. Lorsqu’un homme est orgueilleux, même si on lui explique qu’il a mal agi et qu’il admet en lui-même la justesse des reproches, sa vanité, cause de son entêtement, l’entraîne à chercher des justifications. Aussi, même s’il fait honte à autrui, il ne pense jamais à demander pardon. Son orgueil l’incite à croire que personne n’est plus important que lui, et qu’il ne convient pas à un personnage tel que lui de présenter des excuses à des « inférieurs ».

6. L’homme humble parle avec douceur et pondération, tant avec les membres de sa famille qu’avec les étrangers. Il ne se met pas en colère pour des motifs triviaux, en particulier pour des choses pouvant être corrigées.

Telles sont les attitudes à adopter qui permettront d’accéder à l’humilité. Quiconque les observe restera en bonne santé toute sa vie, tant physiquement que spirituellement.

La parabole suivante va nous permettre de mieux comprendre ce principe. Une cité était frappée par une tornade une fois tous les soixante-dix ans. Cette tornade ne durait que quinze minutes mais dans cet intervalle, elle renversait des montagnes, déracinait des arbres et détruisait des maisons. Les gens qui étaient surpris par cette tornade à l’extérieur, même s’ils se jetaient à terre, étaient emportés au loin et précipités violemment au sol où ils trouvaient la mort.

Certains habitants savaient comment prédire l’arrivée de cette tornade. Ils allaient vers des champs sur lesquels poussaient des herbes souples et s’y cachaient. Les gens qui se dissimulaient dans cette herbe étaient épargnés par la tempête et sauvaient ainsi leur vie. Les autres qui ignoraient cela périssaient. Ce miracle montrait aux hommes que la souplesse et l’humilité peuvent sauver un individu de la mort.

Une personne véritablement humble maîtrise sa santé. Les hommes de médecine reconnaissent que l’humilité est extrêmement bénéfique. L’orgueilleux, quant à lui, est toujours insatisfait et découragé. Même s’il occupe un rang important, il n’en tire aucune satisfaction, car il pense mériter toujours plus. Par contre, l’humble n’attache aucune importance à de telles choses. Il est toujours heureux et satisfait, et ne connaît pas la rancune.

Evidemment, nous ne prétendons pas que la modestie d’un individu doit occulter ses sentiments. Mais il ne doit accorder aucune importance aux peines qu’il endure du fait des autres. De cette façon, il évitera une mort prématurée.

Le Zohar rapporte que Rabbi Abba se tenait près de la porte de Lod, quand il vit un homme portant une lourde charge sur son dos. L’homme épuisé par sa longue marche déposa son fardeau pour se reposer et s’assoupit. Rabbi Abba vit alors un serpent venimeux ramper vers l’homme, prêt à le piquer. Soudain, un autre animal bondit sur le reptile et le tua.

Quand l’homme s’éveilla, Rabbi Abba lui demanda de lui raconter quel était son mérite pour susciter un tel miracle. Le fait d’avoir échappé à la mort n’était pas une simple coïncidence. L’homme dit : « Toute ma vie, je n’ai jamais ressenti envers quiconque ni de haine ni de rancune. Si un individu me faisait du mal, je lui pardonnais immédiatement sans hésiter. Si je ne pouvais me réconcilier avec lui, avant de dormir je priais l’Eternel de lui pardonner, même s’il m’avait calomnié. Lorsque des hommes me tourmentent, je leur pardonne. De plus, j’essaie de rendre le bien à ceux qui m’ont fait du tort, malgré les souffrances endurées par leur faute. »

Rabbi Abba se mit à pleurer et dit : « Cet homme a mérité un tel miracle. Son cœur est véritablement bon. »

Source : Meam Loez


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