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Miketz, l'interprétation des rêves.


''Ce fut au bout de deux ans, Pharaon rêva ; voici, il se trouvait au-dessus du fleuve Nil'' (Béréchit, 41;1).

Ce verset marque le début de notre Sidra. Elle s'ouvre sur une nouvelle série de rêves, celle du Pharaon, le personnage le plus important de l'époque. Il tient entre ses mains le sort de centaines de milliers de personnes. Il est à la tête d'une superpuissance dont la caractéristique essentielle est d'être, en principe, à l'abri de toute crise économique. En effet, l'économie égyptienne est liée aux crues du Nil ; or celles-ci ont lieu de façon déterminée, année après année, sans exception.

Et voici pourtant qu'il fait un rêve étrange qui l'inquiète au point de le tirer de son sommeil. Sept vaches grasses et sept vaches maigres ; celles-ci dévorent les vaches grasses sans prendre pour autant de l'embonpoint. Le rêve se répète une deuxième fois sous la forme de sept gros épis qui se font avaler par sept épis maigres.

Pharaon convoque tous ses devins. Ils lui expliquent qu'il aura sept filles et qu'elles mourront, ou qu'il conquerra sept provinces qu'il perdra par la suite. Mais toutes ces interprétations ne le satisfont pas, parce qu'il ressent au fond de lui-même que ces rêves ne le concernent pas en tant qu'individu, mais plutôt en tant que chef de gouvernement. Pourquoi les devins égyptiens n'ont-ils pas trouvé tous seuls la solution pourtant assez simple que propose Joseph, à savoir qu'il s'agit de sept années d'abondance suivies de sept années de famine ?

Parce qu'imaginer sept années de famine dépasse les possibilités d'un Egyptien, habitué depuis si longtemps aux crues abondantes du Nil. Seul un homme de l'extérieur, un hébreu comme Joseph, qui raisonne d'une autre façon peut l'envisager. Joseph sait en effet que les lois de la Nature ne sont pas totalement immuables, qu'elles dépendent toujours de D., Créateur du monde et de ses lois. C'est pourquoi dans son interprétation, il dit à Pharaon (Béréchit, 41;25) : ''ce que D. pense faire, il l'a annoncé à Pharaon''. Elokim a la même valeur numérique que hatéva : la nature ; ce nom divin désigne le D. de la nature.

Pharaon a bien compris le message puisqu'il dit : ''Trouverons-nous un homme tel que celui-ci, animé de l'Esprit de D.?'' (Béréchit, 41;38).

Et au verset suivant : ''Puisque D. t'a révélé tout cela, nul n'est sage et intelligent comme toi''.

Ce passage clôt la série des rêves que l'on rencontre dans l'histoire de Joseph.

Joseph sombra dans le malheur à cause de ses rêves qui avaient provoqué la jalousie de ses frères. Mais il dut aussi sa prodigieuse ascension à des rêves : d'abord ceux des deux officiers de Pharaon qu'il décrypte avec succès ; puis, ceux du Pharaon qu'il interprète avec brio. 

Pourquoi le destin de Joseph, et donc celui du peuple juif, est-il lié à des rêves ? Et ce, jusque dans l'histoire récente : rappelez-vous la phrase de Théodore Herzl à propos du retour en Israël. Herzl, contemporain de Sigmund Freud, autrichien comme lui, père de la psychologie des rêves, ''Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve !''.

Peut-être pour nous indiquer que notre destin ou celui d'une nation ne dépend pas seulement de facteurs sociaux, économiques ou politiques. Il existe dans chaque vie, dans chaque destinée nationale, une part d'irrationnel qui influence notre destin. C'est d'ailleurs ce qu'est chargé de nous rappeler aussi le goral, le tirage au sort, qui désignait parmi les deux boucs, celui offert à D. et celui envoyé à Azazel, le jour de Kippour.

Le Talmud (Berakhot 55b), se penche longuement sur le problème des rêves et de leur interprétation ; on trouve dans ces passages certaines des règles que reprendra notamment Sigmund Freud.

Il est affirmé ainsi qu'il existe trois sortes de rêves. D'une part, les rêves suscités par le Cheïd, le démon ; il s'agit des rêves ''impurs'' à caractère érotique le plus souvent. D'autre part, les rêves découlant des préoccupations que nous avons eues durant la journée. Quant à la troisième catégorie de rêves, ce sont ceux inspirés par un Malakh, un messager divin ; ce sont les rêves d'inspiration prophétique. Les rêves de Joseph (ceux qu'il a faits à son propre sujet) appartiennent à cette catégorie, de même ceux du Pharaon au début de notre Sidra.

Le Maharcha, Rabbi Chemouel Edels, dans son commentaire, rapproche notre Guemara d'un autre texte (Berakhot 3a), qui parle des trois veilles donc est composée la nuit. A la première veille, l'âne braie. Lors de la deuxième, les chiens aboient, hurlent à la mort. Quand à la troisième partie, c'est le moment où le bébé réclame le sein de sa mère et où la femme parle à son mari.

Ces trois veilles, dit-il, correspondent aux trois parties de l'homme. Au début de la nuit, lors de la première veille, l'homme rentre de son travail, fatigué et aspire au repos ; ceci correspond à l'homme dans son côté matériel. Et c'est pourquoi le Talmud donne comme signe distinctif celui de l'âne qui braie. 'Hamor, on l'a vu, est synonyme de 'homer la matière.

Lors de la deuxième veille, la plupart des gens sont endormis, seules les fonctions vitales essentielles de l'homme continuent à fonctionner, notamment la respiration, le roua'h et les fonctions psychologiques. C'est l'heure à laquelle les forces du mal ont libre cours et c'est pourquoi le Talmud donne comme signe de cette deuxième veille les chiens qui hurlent à la mort. Ce fut l'heure de la dixième plaie (la mort des premiers nés) ''au milieu de la nuit'', et que lit-on dans le texte ? (Chemot, 11;7). Les chiens n'ont pas aboyé contre les Bné Israël ; on en déduit qu'habituellement à pareille heure, les chiens aboient.

Au cours de la troisième veille, l'homme est déjà reposé. Il est en état de semi-réveil. Ce sont les meilleures heures pour étudier ou prier, car on a l'esprit frais. C'est donc l'homme dans son côté ''intellectuel''. Et l'image de l'enfant qui tète ou de la femme qui parle à son mari, désigne, en langage symbolique : l'homme assoiffé de connaissances et la Communauté d'Israël (la femme) qui s'adresse à D. (le mari) dans la prière (elle ''parle'').

A ces trois veilles, dit le Maharcha, correspondent les trois sortes de rêves. Les rêves d'inspiration prophétique correspondent à la troisième veille, celle où l'homme a l'esprit frais et dispos, il est déjà en état d'éveil.

Le rêve à caractère érotique suscité par le Cheïd, le démon, se situe durant la deuxième veille, quand les forces psychologiques se libèrent, quand les barrages de la conscience sautent.

Enfin, le rêve découlant des préoccupations que nous avons eues durant la journée se situe durant la première partie de la nuit, car l'homme est encore ''perturbé'' par ce qu'il vient de vivre durant sa journée de travail.

Source : Grand Rabbin Alain Weil.



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Paru au Journal Officiel du 01/1990

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