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Parachat YITRO : peut-on évoquer le nom d'Hachem ?















La Sidra de Yitro nous relate les événements qui ont entouré le don de la Thora et des "Dix Paroles".

Nous lisons (ch. 20 v.7): "Lo tissa èt chèm éloqékha lachav", "Tu n'émettras pas le nom de l'Eternel ton D. en vain, car l'Eternel ne laisse pas impuni celui qui émet son nom en vain".

Il s'agit de la troisième des dix Paroles. L'expression lo tissa littéralement "tu ne porteras pas" a donné lieu à diverses interprétations.

La première, donnée par nos Sages, c'est qu'il s'agit ici de "serment".

Il est dit d'une part lo tissa et d'autre part Vayiqra (l9;12) velo tichavou bichemi lachaqèr" vous ne jurerez point en mon Nom à l'appui du mensonge".

A quoi bon un deuxième verset ?

Si je n'avais que le verset du Décalogue, j'aurai pu croire qu'on n'est coupable que si l'on jure par le Nom ineffable (chèm hameyou'had), d'où sais-je qu'il faut inclure dans la défense tous les autres noms ?

Je l'apprends du deuxième verset qui dit : bichemi, "par mon Nom", sans plus de précision, ceci nous permet d'inclure dans cette interdiction tous les noms de D. existants.

Quant au mot lachav, que nous avons traduit par "en vain", il a été interprété de deux façons par le Targum Onquelos : "en vain" et "pour le mensonge".

Ainsi n'est-ce pas seulement le faux serment qui est interdit, mais toute invocation inutile du  nom de D. ; par exemple: devant une colonne de marbre, il est tout aussi interdit de jurer qu'elle est en marbre que de dire qu'elle est en or.

Ibn Ezra (exégète espagnol du 11e siècle), essaye d'expliquer ainsi la gravité de la faute.

La peur empêche le meurtrier ou l'adultère de commettre à tout instant des actes répréhensibles. Celui par contre qui a pris l'habitude de jurer jurera, en un seul jour, un nombre incalculable de fois. Cette faute lui est si familière qu'il n'a même plus conscience de la gravité de sa transgression. Vient-on lui reprocher d'avoir juré, il jurera n'avoir pas juré tant est grande en lui la force de l'habitude.

Ibn Ezra conclut: "Israël n'eût-il que ce péché à se reprocher, il suffirait pour prolonger l'exil et ajouter aux maux dont nous souffrons."

Un meurtrier qui tue son ennemi, satisfait son désir de vengeance ; l'adultère trouve un plaisir passager ; le voleur profite de ce qu'il a dérobé. Mais celui qui, à tout propos, ment et jure sans nécessité, profane ouvertement le nom de D. sans aucun profit pour lui-même.

Il agit à contre-courant de ce que devrait éveiller en lui le nom de D.

Hachèm Eloqim émèt "le nom de D. est vérité" ; de même la parole de l'homme doit être vérité. En prononçant le nom de D. à tort et à travers, on le banalise, on le désacralise, on le rabaisse au niveau d'un nom "commun", au lieu de le maintenir "dans les hauteurs" (tissa : nasso : élever), de lui garder sa place privilégiée et unique (comme celle du nassi, du chef).

On peut d'ailleurs mettre en parallèle cette interdiction de lo tissa avec celle qui figure dans Chemot (22;27) : אלוקים לא תקלל ונשיא בעמך לא תאר

"N'outrage point D. et ne maudis point le chef de ton peuple".

Pour Samuel David Luzzato (auteur italien du 19e siècle), les mots: "l'Eternel ne laissera pas impuni" Chemot (20 ;7) constituent plutôt un avertissement à valeur éducative. Que celui qui a réussi à éviter le châtiment du Tribunal par un faux serment en trompant le juge, sache bien qu'il y a au-dessus de lui un autre juge qu'il ne saurait abuser.

Mais nos Sages n'ont pas seulement vu dans l'expression lo tissa l'interdiction d’invoquer dans un serment le nom de D. pour le mensonge de façon inutile ou dans un but trompeur.

Cette notion est employée dans les textes rabbiniques pour désigner toute berakha levatala "bénédiction inutile" (Berakhot 33 a).

Cette idée peut, à première vue, surprendre un profane : si un homme veut glorifier son créateur, y a t-il lieu d'imposer une limite à ses paroles ?

La réponse est positive et nous le comprendrons mieux en rappelant ce que Rav Soloveitchik (penseur contemporain qui a vécu en Amérique) explique à propos de la prière. Il souligne l'audace inouïe que représente la prière émanant de l'homme, être fini et limité, s'adressant à l'Etre infini et transcendant. Seule la bonté de D. est à l'origine de cette permission, de ce devoir que nous avons de prier.

Sans cela, Tehilim (8;5) :

מה אנוש כי תזכרנו ובן אדם כי תפקדנו

"Qu’est-ce que l'humain pour que tu t'en souviennes, le fils de l'homme pour que tu t'en préoccupes".

Il s'ensuit par conséquent que lorsque l'homme s'adresse à D. dans la prière, ses paroles doivent être pensées et mesurées, bien réfléchies auparavant.

Rav Kacher (auteur israélien contemporain) confirme cette idée en citant un Midrach :

כל המברך ברכה שאינה צריכה או מתפלל תפילה בלא כוונה או בלא זמנה נושא שם שמים לבטלה ועליו הכתוב אומר לא ינקה ד'

« Celui qui prononce une bénédiction inutile, prie sans se concentrer sur ce qu'il dit ou à un moment inadéquat, enfreint l'interdiction de prononcer le nom de D. en vain ; l'Eternel ne laissera pas cette faute impunie. »

Les exégètes modernes mettent l'accent sur un troisième aspect de notre verset : associer le nom de D. à de faux dieux, produits de l'imagination humaine.

On comprend mieux d'après cela pourquoi ce verset de Lo Tissa suit l'interdiction concernant l'idolâtrie (deuxième parole).

Ce ne sont pas seulement les images sculptées et taillées qu'il nous est interdit de déifier mais aussi toutes les folies humaines, tous les "ismes" idéologiques.

Les déifier, les élever au rang de "principe premier", c'est transgresser l'interdiction de Io tissa, c'est leur donner la place qui est réservée au seul Nom de D. hachèm, Le Nom par excellence.

Source : Petites Lumières pour le Chabbat, Grand Rabbin Alain Weil

 

Nous vous invitons à lire cet article très intéressant sur la Mitzva des Téfilin  ► Cliquez ici


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Paru au Journal Officiel du 01/1990

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