Parachat TOLDOT
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LE LIBRE-ARBITRE

«..Et les enfants s’agitaient en son sein... (25, 22)»

Rachi explique ainsi ce verset : « Lorsque Rivka passait devant les portes de Torah (de la yechiva) de Chem et Ever, Ya’aqov s’agitait pour sortir. Passait-elle devant les portes d’idolâtrie ? C’est Essav qui essayait à son tour de s’échapper ».

EssavPlus loin, Rachi précise sur le verset : « Deux nations se sépareront depuis tes entrailles...» (25, 23) Que c’est effectivement dès les entrailles que et Ya’aqov se sont séparés, l’un vers le mal et l’autre vers la plénitude morale.  Plus loin encore, il est écrit : « Les enfants grandirent et Essav devint... » (25, 27) Rachi commente : « Tant qu’ils étaient petits, on ne pouvait distinguer leur nature... C’est à partir de l’âge de treize ans que l’un se dirigea vers la maison d’étude et l’autre vers l’idolâtrie ». Rachi, semble-t-il, souligne à trois reprises que, dès le départ et avant même de naître, Essav avait un penchant pour le Mal et Ya’aqov une attirance vers le Bien. Il est évident que, dans ces conditions, le problème de leurs responsabilités et de leurs mérites respectifs se pose dans toute son acuité. 


Comment nos Sages peuvent-ils condamner “Essav haracha” alors qu’il n’a fait que suivre sa nature ?

Réciproquement, pourquoi Ya’aqov serait-il “le préféré de nos Patriarches” s’il était tout naturellement porté à faire le Bien ?

EssavLe fait que Rachi insiste par trois fois sur la scission entre l’option Essav et celle de Ya’aqov nous donne la clé du problème. Leurs tendances originelles pouvaient être confirmées ou infirmées par Essav ou par Ya’aqov. À un deuxième stade, elles pouvaient encore l’être, à un troisième stade aussi et probablement par la suite encore. Si tout individu est nécessairement et, dans une certaine mesure, conditionné dès son départ dans l’existence, il n’en est pas moins vrai que le Tout-puissant met entre ses mains les moyens d’agir contre toute éventuelle tendance vers le mal.  Se laisser aller sans réaction énergique, c’est choisir sa voie en toute liberté et porter la pleine responsabilité de son choix.

La guemara Guittin (56a) raconte qu’un gouverneur romain, du nom de Néron, avait été chargé de mettre le siège devant Jérusalem. Il lança, à titre de présage, une flèche vers l’est ; elle se dirigea vers Jérusalem. La deuxième flèche qu’il lança vers l’ouest prit également la direction de la Ville Sainte et il en fut de même lorsqu’il en tira vers les deux autres points cardinaux. Il demanda alors à un enfant juif qui sortait de l’école « Récite-moi le verset que tu as appris ! ». Ce dernier répondit «.....je ferai porter ma vengeance sur mon peuple Israël par Edom... » (Ezéchiel 25). Néron en tira la conclusion qui s’imposait : « Le Saint Béni Soit-Il veut détruire Sa Maison ! Est-ce moi qui serai son émissaire ? » Le gouverneur romain déserta, se convertit au Judaïsme et c’est de lui que descendit Rabbi Méïr. L’enseignement que nous fournit cet épisode est évident : même si D. a pris une décision irrévocable dans le déroulement de certains événements, ce n’est jamais au prix de l’aliénation de la liberté individuelle. Sur le plan moral, l’homme reste entièrement libre. S’il accepte de subir passivement les événements, il portera la responsabilité absolue de ses actes.

Le Rabbi de Lublin explique dans le même sens le verset : « veYa’aqov Ich Tam...» et Ya’aqov un homme intègre » (25, 27) à partir de cette interprétation de Rachi: « Celui qui n’est pas habile à tromper son prochain est appelé « Tam », intègre. Le Rabbi de Lublin souligne qu’il n’est pas écrit « Et Ya’aqov était Tam » mais un homme tam, Ich Tam. Ceci signifie que Ya’a qov n’était pas un individu naïf, niais par nature, mais un homme qui a choisi, en pleine connaissance de cause et non à cause d’une prédisposition acquise à sa naissance, le chemin que lui dictait son devoir, celui d’une intégrité morale parfaite. Là aussi pour Ya’aqov comme pour chacun de nous, l’option reste entière et le mérite qui en découlera reviendra à chacun de plein droit.

LE FRUIT ET L’ECORCE

« Tel fut Essav, connaissant la capture, un homme des champs... » (25, 27)

HalotRachi explique que Essav savait surtout « capturer », tromper les êtres humains et, en particulier, son père Yits’haq. En effet, Rachi précise, citant le midrach : cet Essav sans foi ni loi poussait la duplicité jusqu’à demander innocemment à son père : « Comment prélève-t-on la dîme sur la paille, sur le sel ? ». En réalité, il savait pertinemment que la loi relative aux dîmes ne s’applique pas à ces matières.

Un commentateur ‘hassidique contemporain nous explique ce :  Le monde, dit-il, s’articule selon un certain plan. Dans chaque domaine de la création, nous constatons qu’un élément essentiel est toujours juxtaposé à un élément accessoire. De tous les jours de la semaine, le Chabbat constitue l’essentiel par rapport aux six jours de la semaine qui représentent l’accessoire. Le fruit est plus important que son écorce. De même, ce monde-ci ne constitue que l’antichambre du grand palais, le monde futur. Évidemment, l’essentiel est, par définition, prépondérant, mais cela n’empêche nullement le secondaire d’exister et de remplir son rôle : comme l’écorce est indispensable au fruit, le Chabbath ne peut-être le couronnement de la semaine s’il n’est pas précédé de jours « ordinaires ». Le monde futur est inaccessible à qui n’a pas traversé au préalable ce monde-ci.

Cependant, cet accord naturel entre l’essentiel et l’accessoire n’est harmonieux que si l’on reconnaît à chacun son rôle spécifque. Telle aurait dû être la relation entre Ya’aqov et Essav dès le sein de leur mère, Essav s’accaparant le matériel, mais reconnaissant implicitement à son frère la primauté du spirituel.

Tel est également le sens des bénédictions que Yits’haq accorda en pleine connaissance de cause à Essav : l’accumulaton des biens matériels dans ce monde-ci.

Etude Torah YaccovMais Essav inversa l’échelle des valeurs. Il suggéra de prendre la dîme de la paille et du sel c’est à dire d’accorder à ces éléments accessoires une valeur prépondérante ! Ce n’est plus le grain, l’intériorité, qui compte mais son enveloppe extérieure, la paille, la façade. Selon cette vision du monde, le Chabbat entre “dans le rang” au même niveau que les autres jours. Le ‘olam hazé’ prend une importance démesurée et efface complètement l‘aspiration du monde futur. Jusqu’à ce jour, Essav n’a pas déposé les armes ; il continue, au fil des générations, à fausser les données du problème humain.


materiel-spirituelYa’aqov ne se résout pas à s’incliner. Il lute et persistera à se battre pour remettre les choses en place : le matériel n’est qu’un moyen pour parvenir au spirituel, le Chabbat restera le point culminant de la semaine et tout le monde reprendra conscience que cete terre n’est qu’un lieu de passage vers le plein épanouissement au monde futur.

C’est bien là la véritable mission d’Israël et c’est cette vérité que tous les peuples reconnaîtront finalement, à l’avènement du Messie.

LA FAILLITE DU CONTRAT

« Et les enfants s’agitaient en son sein,.. »   (25, 22)

Rachi commente ainsi ce verset : Ya’aqov et Essav « se disputaient l’héritage des deux mondes ».

Le Panim Meiroth explique qu’en principe, chacun a droit à sa naissance à une partie de ce monde-ci et à une parte du monde futur.

Cependant dans le cas de Ya’aqov et Essav, il s’agissait de jumeaux qui formaient une seule entité.  En effet dans ce verset, le terme tomim qui désigne les jumeaux est écrit au singulier (sans le youd qui marque le pluriel). Ya’aqov et Essav finirent par tomber d’accord et ils se partagèrent donc, déjà dans le sein de leur mère, les deux mondes.

Ya’aqov céda sa part dans ce monde-ci a son frère et il hérita du monde futur. Essav, quant à lui, porta son choix sur ce monde. Ainsi, lorsqu’ils grandirent Essav devint « un homme des champs connaissant la chasse » et « Ya’aqov, un homme intègre, assis dans la tente ». Essav conquit le monde par la force. Il se battit contre le puissant Nimrod et, dit Rachi, il « prit » non seulement les animaux mais surtout les personnes en les trompant (peut-être même fut-il l’inventeur de la publicité ?). Ya’aqov, par contre, ne se ft pas connaître ; il demeura dans ses quatre coudées pour étudier la Torah.

Pourtant, lorsque Essav atteignit le sommet de sa gloire en triomphant de l’invincible Nimrod, il éprouva soudain une grande fatigue : il se sentit arrivé à une impasse. « Et Essav vint du champ, il était fatigué » (25, 29), « fatigué d’avoir tué » commente Rachi. Il demanda à Ya’aqov de lui donner le plat qu’il était en train de préparer mais, selon le midrach, Ya’aqov lui rappela de procéder d’abord à l’ablution des mains en faisant netilath yadaïm (ne faut-il pas penser un tant soit peu au spirituel avant de manger du pain ?). Mais Essav refusa, ne voyant pas en quoi les deux choses étaient liées.

À ce moment-là, Ya’aqov saisit que son frère avait mal compris le sens de leur partage. D’après le , leur contrat devait être celui qui s’établirait plus tard entre les deux fils de Ya’aqov, Issakhar et Zevouloun : le premier allait étudier la Torah et céder la moitié de son mérite à son frère qui, pour sa part, assurerait sa subsistance. Certes, Essav aurait eu essentiellement la charge de la vie matérielle, mais il devait tout de même observer une ligne morale minimale en respectant les sept commandements noachides. Or, ce même jour, Essav rentra du champ fatigué, car il venait de commettre cinq graves péchés : il avait tué, volé et commis un inceste. Dans ces conditions, Ya’aqov se résolut à prendre ses responsabilités. Il ne pouvait plus désormais remettre son entretien matériel entre les mains de son frère indigne ; il dut assumer lui-même, en une seule personne, le contrat de Issakhar et Zevouloun. C’est la raison pour laquelle Ya’aqov décida de revendiquer de son père à la fois le droit d’aînesse et les bénédictions.

UN CŒUR HUMAIN

« Et ce fut lorsque Yits’haq fut devenu vieux, ses yeux s’afaiblirent de voir » (27,1).

Pour expliquer ce verset, Rachi rapporte le midrach : « Au moment où Avraham Avinou ligota son fils sur l’autel, les anges de service se mirent à pleurer ; leurs larmes tombèrent dans les yeux de Yits’haq et y laissèrent des marques. Lorsque Yits’haq devint vieux, ses yeux faiblirent ».

Les anges sont créés par les actes des hommes. C’est pourquoi le midrach précise que les anges formés par la mitsva du sacrifice de Yits’haq pleuraient. La Aqéda représentait un acte sublime de soumission totale à l’ordre divin. Avraham Avinou accepta de l’accomplir sans la moindre considération personnelle. On aurait pu penser que, pour être capable de sacrifier son fils,  Avraham avait dû devenir un homme désincarné ayant perdu tout sens de l’humain, un robot.

Or, Avraham Avinou avait le cœur déchiré. Après chaque question posée par Yits’haq, il avait ajouté « ... mon fils ! »  en signe d’affection à chacune de ses réponses. Dans cette ultime et difficile épreuve, il était resté profondément humain. C’est pourquoi ces anges, créés par la Aqéda pleuraient et ce sont leurs larmes qui ont « aveuglé » Yits’haq. Cela signifie que ce sont les sentiments d’amour paternel qui lui brouillèrent la vue et qui l’empêchèrent de voir ce que faisait son fils Essav.

Voilà la réponse à fournir à ceux qui disent que le Tsadiq n’est plus humain. En réalité, son cœur est bien plus sensible que celui de la plupart des hommes. Nous pouvons le constater en observant la vie de Grands Rabbanim de toutes les générations. Plus un homme est grand, plus ses sentiments sont développés.

Source: Imrei Cohen, Rav Guerchon nous parle


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