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Vayichlah : la symbolique du bœuf et de l'âne


Dans Vayetzé, Léa et Rachel concluent un curieux marché.

Ruben a cueilli pour sa mère des fleurs, des mandragores (fleurs à pouvoir aphrodisiaque) : Léa propose ces fleurs à sa sœur Rachel contre le droit de dormir avec Jacob.

Elle prévient Jacob qui revient des champs, le soir, en lui disant : « C'est chez moi que tu viendras, car j’ai payé avec les mandragores de mon fils le droit d’être avec toi » ; et il dormit avec elle cette nuit Beréchit (30,16).

De cette union naitra Issakhar dont le nom rappelle la notion de sakhar, de location, salaire et récompense à la fois.

Ce procédé parait pour le moins étonnant. Les rabbins ne feront que rajouter à notre étonnement quand ils diront : Comment Léa a-t-elle deviné l’heure du retour de Jacob ?

Rav Chemouel dit : c’est grâce à la voix de l’âne de Jacob ; aussi la récompense fut-elle la naissance d’Issakhar, dont il est dit dans Beréchit (49, 14) : « Issakhar est un âne osseux. »

Dans notre Sidra -Beréchit 32,6- il est aussi question d’un âne quand Jacob fait dire à son avant-garde : « j’ai des bœufs, des ânes, du bétail, des serviteurs et des servantes ».

Je voudrais vous raconter à la manière juive les "mémoires d’un âne".

 

Première remarque : le bœuf et l’âne sont souvent associés dans la Bible sur le plan halakhique. Tout d’abord, par exemple dans la Sidra Michpatim Chémot (23,4) « Quand tu rencontreras le bœuf ou l’âne de ton voisin, perdu, tu le lui ramèneras ».

Ou encore à propos du Chabbat Devarim (5,14) :

לא תעשו כל מלאכה.....ושורך וחמורך וכל בהמתך

« Tu ne feras point de travail, ni toi, ni ton bœuf, ni ton âne, ni tes bêtes ».

Ou enfin dans Devarim (22,10) :

« Tu ne laboureras pas avec un bœuf ou un âne attelés à une même charrue ».


Deuxième remarque : ‘Hamor en hébreu est formé sur la même racine que ‘Homer la matière.

L’âne est considéré par la Bible comme un outil de travail de base. Il symbolise la matière à l’état brut, les forces physiques et la pulsion sexuelle. Quand Ezéquiel entend traiter ses contemporains de débauchés, il dit à leur sujet (23,30) : « Ils ont une chair comme celle des ânes et leur lubricité égale celle des chevaux ».


Troisième remarque : le couple âne-bœuf a également une connotation messianique ; le bœuf ou plutôt le taureau, est l’emblème de Joseph : « Bekhor choro, hadar lo » (Devarim 33,17), « Le taureau, son premier-né, qu’il est majestueux ! » 

Quant à l’âne, il fait allusion à la monture du Messie, fils de David, qui entrera à Jérusalem « pauvre et chevauchant un âne » Zacharie (9,9).

Beaucoup de personnages charismatiques chevauchent un âne dans la Bible. Ainsi Abraham lorsqu’il se dirige vers le Mont Moriah Beréchit (22,3) : « Abraham se leva de bon matin, il sella son âne… » ; ou encore Moise quand il part en Egypte Chemot (4,20).

De même, Samuel quand il s’adresse au peuple pour lui faire des reproches concernant la demande d’un roi, lui dit également : Samuel 1 (12,3) «  Et chor mi laqa’hti, ve’hamor mi laqa’hti », « De qui ai-je pris le bœuf ou l’âne ? ». Enfin, le prophète Bilaam chevauche lui aussi une ânesse.

Le fait que le Messie arrivera monté sur un âne signifie - compte tenu de la correspondance âne-matière (‘Hamor- ‘Homer)- qu’il devra domestiquer les forces naturelles, qu’à cette époque la lumière spirituelle dominera la nature physique de l’homme, comme le dit le prophète Isaïe (11,9) en parlant de l’ère messianique : « La connaissance divine emplira la terre comme les eaux couvrent la mer . »

Le bœuf et l’âne apparaissent également dans un autre passage bien connu du même prophète Isaïe (1,3) : «  Le bœuf connait son maitre, l’âne la mangeoire de son propriétaire, mais Israël ne me connait point, mon peuple n’a pas compris . »

« Le bœuf connait son maitre » indique une relation personnelle. Quand on donne à manger au bœuf, il ne s’intéresse pas seulement à l’herbe qu’il reçoit, il porte son regard sur celui qui le nourrit. Maître veut aussi dire "créateur" ; le peuple juif devrait reconnaitre que D. est son créateur, or Israël ne le fait pas.

L’âne, quant à lui, n’a que la reconnaissance du ventre. Il connait la mangeoire de son propriétaire, ce qui lui importe c’est la nourriture qui se trouve dedans ; il s’arrête à la satisfaction primaire de son besoin. Même ce reflexe primaire, Israël l’a perdu. Il n’est pas reconnaissant à D. de la subsistance qu’il lui assure.

Le Messie se présentera sous deux formes : Machia’h ben Yossef et Machia’h ben David. Le Midrach (Beréchit Rabba Ch 35) nous dit :  « le taureau c’est le Messie, fils de Joseph ; l’âne c’est le Messie, fils de David.

Le Messie devra combiner la force matérielle de l’âne, son élan vital à la capacité visionnaire que représente le bœuf, le taureau (chor-taureau et chour-voir). C’est pourquoi, c’est uniquement quand Joseph est né que Jacob se décide à quitter Laban, car il se sent prêt à affronter Esaü.

Joseph est l’anti-Esaü, celui qui est capable de lui "damer le pion".

Le prophète Obadia dans la Haphtara nous dit(1,8) :

והיה בת יעקב אש ובית יוסף להבה ובית עשו לקש

« La maison de Jacob sera du feu et celle de Joseph la flamme, quant à celle d’Esaü, elle sera comme la paille. » C’est pourquoi quand le taureau voit rouge,(Esaü=Edom le rouge) il fonce dessus.

Joseph est celui qui prouvera qu’il est capable de vivre en tant que Juif au milieu des nations, de garder son identité au milieu de toutes les épreuves. Quand Israël aura prouvé qu’il est capable de rester fidèle à sa mission parmi les nations, le Messie, fils de David, pourra venir.

Ce n’est donc pas un hasard si, selon la tradition chrétienne, Jésus fils de Joseph est né entouré d’un âne et d’un bœuf. C’est la reprise de la symbolique messianique.

Et lorsqu’au début de notre Sidra, Jacob transmet à Esaü « j’ai bœuf et âne », il veut lui faire entendre qu’il est prêt à l’affronter si nécessaire, qu’il possède les armes adéquates et que, quoiqu’il arrive, il gardera son espoir en la venue du Messie.

Source : Petites Lumières pour le Chabbat, Grand-Rabbin Alain Weil



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