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Vayigach : ''Yossef, mon fils, est encore vivant !''


Des habits de rechange

Après s'être fait reconnaître de ses frères, Yossef les comble de présents : ''Il donna à chacun des vêtements de rechange et à Benjamin, il donna trois cents pièces d'argent et cinq vêtements de rechange'' (45,22).

La Guemara Meguila (16a) demande très judicieusement : ''Est-il possible que ce Juste favorise ainsi l'un de ses frères par rapport aux autres, alors que lui-même a tellement souffert d'une erreur semblable ?''

Rabbi Benjamin bar Yafeth explique que Yossef voulait, par ce geste, faire allusion à l'un des descendants de Benjamin, Mordekhaï, qui sortirait un jour de chez le roi de Perse vêtu de cinq habits royaux (Esther, 8,15).

En réalité, Ya'aqov a hésité à répondre à l'invitation de Yossef de descendre en Égypte.

C'est, en effet, l'avenir spirituel de notre Patriarche et celui de ses descendants qui se jouait ici.

Ya'aqov éprouvait les plus grandes craintes : dans l'exil égyptien, sa descendance pourrait-elle conserver intacte le patrimoine dont il était le dépositaire ? 

Certes, notre Patriarche savait que la décision du départ vers l'exil en Égypte était prise par D., mais le Midrach précise qu'il devait y ''descendre par des chaînes de fer'', et le Sfath Emeth de commenter : le long de chaînes de fer, signifie une descente progressive pour éviter toute chute brusque.

Là, réside l'hésitation de Ya'aqov : s'il devait se rendre en Égypte, il fallait s'y préparer et prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter qu'un changement de milieu trop abrupt n'ait de conséquences fâcheuses pour lui et les siens.

C'est à ce moment que Ya'aqov aperçut les voitures que son fils, Yossef, lui avait envoyées d'Égypte, et comme le souligne le verset : ''l'esprit de Ya'aqov revécut''.

Le Sefath Emeth explique qu'étymologiquement, le terme 'agaloth' signifie ''voitures'', mais également ''cercles''.

Le sens du message que Yossef a adressé à son père était le suivant : ''dans le mouvement rotatoire d'une roue, les points situés à la périphérie passent par des hauts et des bas, mais son noyau central se maintient toujours au même niveau''

En d'autres termes, Yossef signifiait par allusion à son père : ''Je connais le problème qui se pose à ta conscience, mais sache qu'il est possible d'être un Juif authentique dans tous les milieux et en toutes circonstances. N'en suis-je pas l'exemple vivant ?''

Les vêtements de rechange que Yossef offrit à ses frères n'avaient pas d'autre signification, poursuit le Sfath Emeth.

Il désirait leur dire : ''En Égypte, vous serez peut-être, dans une certaine mesure, contraints d'adopter le mode de vie de votre pays d'accueil, mais cela devra toujours, comme un vêtement, demeurer extérieur à vous. Dans votre essence cependant, vous pourrez et vous devrez rester intégralement fidèle à votre patrimoine''.

À plusieurs reprises, la communauté d'Israël, prise de court, n'a pas tenu compte du message de Yossef.

Les 19e et 20e siècles, en particulier, ont été témoins de la sortie des Juifs hors des ghettos, d'une rupture dans l'accomplissement des Mitsvoth, et souvent même, d'un reniement total de l'identité juive.

''On ne peut vivre en Juif que dans un milieu juif ; à l'extérieur, c'est impossible !'' disait-on.

Pourtant, Mordekhaï, à son époque déjà, a montré que cette vision des choses était erronée. Il devint premier ministre du puissant empire perse tout en restant un Juif pratiquant et authentique.

Plus près de nous, Rav Chimchone Raphaël Hirsch, a brillamment démontré par son œuvre que l'on peut vivre avec son siècle en restant attaché à l'observance de tous les commandements de la façon la plus stricte.

 

Le loup et l'agneau

''C'est Yéhouda que (Ya'aqov) envoya devant lui, vers Yossef...'' (46,28).

Cette rencontre entre les deux frères, Yossef et Yéhouda, est mise en parallèle par le Midrach :

Il est écrit : ''Le loup et l'agneau paîtront côte à côte, et le lion, comme le bétail, consommera de la paille''.

Vois, nous dit le Midrach : tout ce que le Saint Béni soit-Il frappe dans ce monde-ci, Il le Guérit dans le monde futur ; le loup désigne Binyamine et l'agneau fait allusion aux autres tribus ; le Lion représente Yéhouda et le bœuf, Yossef.

Ce Midrach, dont il est difficile de saisir le sens au premier abord, est expliqué par le Chem miChemouel.

Avant le déluge, le monde, Création du Tout-Puissant, vivait dans une harmonie totale : malgré leur diversité, les animaux se côtoyaient tous les jours sans songer à se faire le moindre mal. Le déluge, conséquence de la perversité irréversible des hommes, ne fut pas, disent nos sages, une catastrophe qui engloutit seulement l'humanité. Lors du Déluge, la nature elle-même fut punie : la terre perdit sa fertilité, les saisons remplacèrent le printemps éternel (voir le commentaire de Sforno) et les animaux allaient désormais s'entre-dévorer.

Les commentateurs demandent pour quelle raison et de quelle façon la nature a-t-elle subi une sanction ?

L'homme étant la seule créature dotée de libre-arbitre, lui seul avait la possibilité de choisir entre le bien et le mal ; lui seul aurait donc dû être puni.

Mais l'homme est bien plus qu'un être libre par excellence, il est le point central de la création.

''C'est pour moi que le monde a été créé !'' doit-il s'écrier, disent nos Sages. Il doit réaliser qu'il est responsable du monde entier.

C'est précisément pour cette raison que le Saint Béni soit-Il met l'homme face aux imperfections qu'il a causé dans l'Univers. 

L'être humain devra prendre conscience que la cruauté, la violence et la guerre dont il est quotidiennement le spectateur, témoignent de façon évidente du fait qu'il n'a pas rempli son rôle et n'a pas assumé ses responsabilités dans ce monde.

Lorsqu'arriveront les temps messianiques, les temps où ''Yéhouda aura retrouvé Yossef'' et que l'homme, pleinement conscient de ses devoirs aura atteint le niveau moral que le Créateur lui a assigné, les imperfections, désormais sans objet, disparaîtront. Alors, ''le loup et l'agneau paîtront côte à côte, et le lion comme le bétail, consommera de la paille''.

 

Notre responsabilité dans l'histoire

Nous arrivons, avec la paracha Vayigach, au dénouement du drame de Yossef.

Pourtant, pour Ya'aqov, le choc est trop fort et il n'accorde pas foi à ce que ses fils lui racontent à leur retour d'Égypte. C'est seulement lorsque ses enfants lui ont rapporté toutes les paroles de Yossef et qu'il ''vit les voitures que Yossef avait envoyées pour l'emmener, que l'esprit de Ya'aqov, leur père, revécut''.

Rachi explique que Yossef avait transmis un signe à ses frères.

Le sujet qu'il était en train d'étudier avec son père au moment de leur séparation était celui de la génisse à la nuque brisée, la 'égla 'aroufa. C'est pourquoi il est dit : ''Ya'aqov vit les voitures - ha'agaloth' - (de la même racine que égla, génisse) que Yossef avait envoyées'' ; mais il n'est pas écrit ''les voitures que Pharaon avait envoyées''.

Le chapitre de la 'égla 'aroufa traite du cas d'un homme trouvé assassiné en rase campagne.

La Torah ordonne aux Anciens de la ville la plus proche du lieu du crime (on devait mesurer exactement ces distances), de briser la nuque d'une génisse au bord de la rivière et de se laver les mains au-dessus d'elle en disant : ''Nos mains n'ont pas versé ce sang et nos yeux n'ont pas vu''. Non pas, explique Rachi, que l'on soupçonne les Anciens d'être des assassins, mais ils doivent affirmer n'avoir pas vu cet homme, car, s'ils l'avaient vu, ils ne l'auraient pas laissé sortir de la ville sans provisions et sans accompagnement pour le protéger des dangers de la route.

De nombreux commentaires expliquent le lien entre la responsabilité des Anciens et l'histoire de Yossef dans cette paracha. Nous essaierons, pour notre part, de donner un sens plus large au message que Yossef a adressé à son père.

La dernière beraïta du Traité des Pères dit : 

''Tout ce que D. a créé dans son monde, il ne l'a créé que pour Sa Gloire''.

Et il est dit : ''D. régnera à jamais''.

Tous les éléments de la nature, de la plus petite particule de l'atome aux galaxies convergent autour du noyau central. Ce phénomène constitue la preuve de l'unité de la création et de l'œuvre d'un D. unique.

Cependant, il n'est que le reflet matériel du but spirituel qui anime chaque élément de la Création.

Tout converge vers le Créateur et lorsque l'homme remplit sa mission, chaque élément obéit, en fait, à l'ordre divin.

Le rôle de l'être humain, but ultime de la Création, est de retrouver D. et de se soumettre à Sa volonté.

Dans la marche du monde, on peut distinguer deux sortes d'événements : les événements naturels et les événements historiques.

Un domaine très limité mais déterminant est réservé au libre arbitre de l'homme. En effet, D. n'a pas seulement donné à l'être humain le pouvoir de dominer la nature, Il lui a également fourni la faculté d'influencer les événements historiques, selon qu'il penche vers le Bien ou vers le Mal. Si le but de son acte est le Bien, nous verrons un événement historique le refléter et prouver sa valeur.

Si l'homme a conscience de cela, toute l'histoire aura pour lui un sens essentiellement éthique, le seul digne d'intérêt. En d'autres termes, la leçon morale à tirer des événements historiques constitue la seule leçon que les événements peuvent et doivent nous apprendre.

Ya'aqov compris cela en voyant les 'agaloth, car, comme nous l'enseigne le chapitre de 'égla 'aroufa, Yossef est celui qui sait dégager et cerner la responsabilité de l'homme dans les événements historiques.

Notre Patriarche s'exclame alors :''Yossef, mon fils, est encore vivant !''

Yossef, le fils de Ya'aqov, le Juif conscient de sa responsabilité dans l'histoire, vit !

Il est bien le frère de ceux dont la première réaction devant la fausse accusation d'espionnage fut de reconnaître : ''Nous sommes coupables !''. Des événements se produisent-ils ?

Nous en sommes responsables, nous devons nous améliorer.

Alors, ''l'esprit de Ya'aqov, leur père, revécut''.

Rien ne s'était perdu.

Nous sommes, nous aussi, des enfants d'Israël et nous devons avoir la même attitude vis-à-vis des événements.

A ce titre, tirer une leçon du 'houmach ou de toute autre source n'est pas un tic ou une déformation donnée par quelque yeshiva ; c'est la seule et unique façon d'étudier les Textes.

Tant qu'il est conscient de l'étendue de sa responsabilité, le peuple d'Israël continue à vivre : ''Yossef, mon fils, est encore vivant''.

Cependant, il ne suffit pas d'admettre ce principe ; l'essentiel est d'agir.

Il faut nous amender et tenir nos résolutions afin que le cours de l'histoire se transforme, lui aussi, pour le Bien.

Source : Imrei Cohen, ''Rav Guerchon nous parle''. 

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Paru au Journal Officiel du 01/1990

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